J'ai toujours ignoré monsieur Eric Zemmour. Je ne regarde que très peu la télévision, et ne suis pas abonné au Figaro. L'écho que j'ai eu de ce personnage a suffi aussi pour le laisser de côté parmi ceux qui ne méritent même pas qu'on gache du temps à lui répondre. Une question finit quand même par se poser : pourquoi tant de hargne ? J'en venais à mettre ça sur le compte de sa silhouette malingre et je déplorais qu'il n'ait pas fait suffisament de judo, ou tout autre sport de combat, pour developper une certaine confiance en soi.

zemmourMais voilà que ce publiciste empiéte sur mon terrain professionnel. Je peux prétendre à me présenter en tant qu'historien, quelques livres alimentaires à l'appui. Il parle d'histoire aussi depuis pas mal de temps, sans me faire réagir... publiquement, la diversité a du bon et on s'ennuierait et oublirait ses valeurs si elles n'étaient pas titillées par des butors. Là, il vient de publier une chronique mordante à propos de la sortie de "l'histoire mondiale de la France" publiée sous la direction de P Boucheron. Son propos tient en quelques mots : C'est une oeuvre néfaste qui veut faire disparaitre le glorieux passé national dans le grand maelstrom du métissage.  Je n'en suis pas surpris du contenu, mais ce fut la goutte en trop qui me fait déverser quelques vérités qui doivent être partagées.

Eric Zemmour gomme d'emblée l'avertissement contenu dans le titre, il transforme "histoire mondiale de la France" en "Histoire de France". A partir de là, la machinerie réactionnaire peut aisément ronronner. Et voilà que je te place Charles Martel, Jeanne d'Arc, Napoléon et même le grand Charles, sur le banc des victimes humiliées, rabotées, profanées par ce complot d'universitaires multiculturels. Soulignons qu'un pavé de près de 1000 pages où tous les articles sont accompagnés d'une bibliographie récente et sérieuse n'a rien à voir avec un "métronome" ou un manuel du primaire.

redonLaissons Eric à ses regrets, il a, certainement, dans sa bibliothèque, comme moi, un exemplaire de "note premier livre d'histoire". Mais ça, mon petit Eric, c'est ton passé, c'est notre passé, ou de rares et belles images en couleur venaient égayer un univers scolaire trop grisaillant et nous faisaient frémir. Tiens pour moi c'etait la page ou Montcalm mourrait devant les murs de Québec... Et parce qu'il y avait un indien au premier plan. Oui, j'avoue, j'étais déjà confiant envers l'étranger, un dangereux xénophile en germe, à moins, comme le petit Nicolas, que je soit trop bercé par les histoires de cow boy.

Enfin, je terminerais avec une interrogation profonde. Pourquoi ce descendant de bénéficiaires du décrêt Crémieux pourfend avec tant d'acharnement ceux qui démontrent que la France est le fruit de nombreuses hybridations fécondes qui de sont juxtaposées dans le temps? Je ne comprend pas, vraiment pas. J'en suis réduit à faire de la psychanalyse de comptoir, et à en conclure qu'Eric Zemmour, pastiche maurassien du XXIe siècle, n'aime pas Zemmour Eric, la greffe séfarade pied-noir. Je lui conseille vivement de s'accepter tel qu'il est, il s'en grandira...

Dans une prochaine édition, je suggère à Patrick Boucheron d'ajouter un article à la date du 31 aout 1958,  naissance d'Eric Zemmour, preuve incontestable de la plasticité civilisationnelle de la société française.