Les fusillades et les explosions du vendredi 13 novembre à Paris sont des événements inédits dans leur ampleur et par le nombre de victimes. Je fus sidéré, pendant toute la soirée, j'ai vu comme bien d'autres le nombre des victimes croitre, devant mon écran, assigné à l'unique rôle de témoin impuissant et triste.

 

La réaction du gouvernement fut prompte, pas le temps de se laisser emporter par le chagrin, ni de se réfugier, comme moi, dans sa couette, cocon réconfortant à la douceur protectrice. Non, discours ajusté, intensification des frappes en représailles, proclamation de l'état d'urgence, visite sur les lieux, une attitude digne et responsable, à la hauteur de ce qui était attendu par l'opinion publique, les sondages le confirmant. D'autre part, cette même opinion publique ne sombre pas dans le piège de la vengeance.

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On n'avait pas recourru à tous ces moyens législatifs depuis plus de 50 ans. Nous ne sommes pas dans le même contexte que pendant la guerre d'Algérie où, aux bombes du FLN encore fumantes, répondaient des ratonnades et des émeutes de pieds-noirs voulant s'en prendre aveuglément au musulmans. Sommes nous plus raisonnables qu'alors ? J'aimerais le penser. En réalité nous sommes moins acculés que les européens d'Algérie et nous pouvons donc plus facilement raisonner face à la tentation du talion. Je n'ignore pas que certains n'ont pas cette retenue, mais il semble qu'ils savent qu'ils ont trop à perdre pour passer délibérement à l'acte, et surtout qu'ils ne seront aucunement soutenus, pour encore longtemps.

Ce qui me dérange dans les suites de ces attentats, c'est cette volonté de bousculer notre démocratie. La lutte contre ces attaques aurait elle vraiment besoin de tout ce nouvel arsenal législatif imposé par le gouvernement? Je me pose la question. Prolonger l'état d'urgence sur tout un trimestre peut s'expliquer en regardant le calendrier. On a bientôt la cop 21 puis les fêtes de fin d'année... là j'accepte... mais après, on a Carnaval, les Pâques, le 14 juillet... La boucle se referme trop facilement sur elle même. Si nos policiers et nos juges prennent l'habitude de recourir à ces moyens exceptionnels, perquisitions à toute heure, décisions administratives et tout un arsenal que je n'ai pas trop détaillé, comment pourront-ils s'en désintoxiquer si un retour à la normale survient. Les textes de droit ne me sont pourtant guère coutumiers mais j'ai une nette idée de ce que sont les droits fondamentaux, et là, je sens qu'il se creuse une faille.

Au premier niveau de mes craintes, on a donc ce présentiment, cette quasi certitude que les restrictions des garanties et des libertés, décidées cette semaine, seront irreversibles.

Au second plan, j'ai peur que la situation n'échappe aux dirigeants actuels. François Hollande n'a commis aucune faute dans l'attitude, mais au moment où a été exfilté du Stade de France, des quolibets avaient déjà fusé. La tentation de jouer du coup de menton, de surjouer l'autoritarisme, est déjà perceptible chez le Premier Ministre. Qu'en sera-t'il si nous connaissons, dans un avenir proche, deux ou trois autres massacres de ce type ? Souvenons-nous de la décision de Guy Mollet après la journée des Tomates : carte blanche à la repression... torture et "crevettes Bigeard".

Et enfin, catastrophe incertaine mais pas inenvisageable, et si cet outil repressif tombe dans des mains autoritaires ? Pain beni pour que la France soit noyée dans une marinade brune.

Si je n'emploie pas le mot terroriste, c'est pour bien des raisons. Déja ne pas leur faire l'honneur d'avouer à ces individus qu'ils me font peur. Et puis, ce mot a été tellement galvaudé. Non, ce sont des lâches, des criminels, des assassins qui se droguent d'une foi qu'ils ignorent pour se donner une âme et d'amphet' pour passer à l'acte.