Les Damnés à la Comédie Française, indéniablement spectacle à voir. La scène s'élargit, à la fois avec l'écran, mais surtout grâce aux caméras très mobiles permettant des choses inouïes. Les hors champs ne le sont plus. Et vous avez déjà vu des gros plans au théatre? Moi non !
Le sujet est intemporel, Néron et Messaline concluent le tableau... Et très actuel, l'incendie du Reichstag entre en résonance avec Erdogan, dernier exemple en date, mais pourquoi ne pas faire allusions aux attentats de Moscou en 1999, au 11 septembre, et surtout aux pulsions sécuritaires mal intentionnées.
le Nazisme percole lentement.

podalydes_salut_nazi_1Certains y croient. Podalydes, le SA, fait une magnifique performance en coordination avec une vidéo. On sent monter en puissance le Horst Wessel Lied, Hymne nazi par excellence, à tel point qu'un malaise s'installe.

bourbon juillet 1940Une image s'est instazllée en moi alors. Je me suis vu au Palais Bourbon le 23 juillet 1940.

 

Tout cela se mue progressivement en orgie virile pour se terminer en un bain de sang... au sens premier du terme.

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gallienneD'autres, rôle joué par Gallienne, tentent de le mettre au service de leur ambition, et seront balayés.


Seul reste le maître de la manoeuvre, le plus pur nazi, deux ex machina qui récupère le tout.


Cependant je ne prend pas tout avec le même enthousiasme. Je ne sais pas si je deviens exigeant ou si c'est un des premiers symptômes du syndrome du vieux con, mais à quoi bon ces exagérations ? Pourquoi les SA doivent ils s'enculer sur scène ? Pourquoi ces humiliations de goudron et de plume ? Pourquoi cette scène de glissade potache ? Pourquoi enfin Kalashmikover la salle façon Bataclan ? L'accumulation de ces outrances amoindrit le geste final, coutumier des pleureuses de l'antiquité, qui ne devient là qu'une humiliation cabotine de plus.


Donc je répéte.. à voir et à ressentir... ou plutôt zum erleben, comme l'avait remarqué Klemperer, dans LTIII, au sujet des petits cadres nazis satisfaits après avoir organisé une cérémonie dans leur fief.

A la sortie, les lutins sordides et grimés qui trainaient dans les rues à l'occasion d'Halloween étaient sans aucune commune mesure avec ce qui s'était passé dans le théatre. La vraie peur y avait soufflé.