amJe viens d'apprendre que mon usine va fermer dans un court délai, deux ans. Ce n'est pas dans le Val d'Oise, c'est à Revin, mon chez moi de coeur et de naissance, et je ne peux que voir là que le dernier cran d'une logique en route depuis presque 40 ans. Une logique liée à l'évolution d'un marché en plein boom dans les années 60, qui n'a fait que se rétrécir ... on n'achète pas tous les jours frigos ou machines à laver... et dont le centre c'est déplacé dans le monde... bienheureuse ouvrière chinoise mettant fin à sa corvée de linge en appuyant sur le bouton de sa machine toute neuve.

Mon usine, oui, car tout le monde en vivait, ceux qui y travaillaient, de la fonderie aux bureaux, ceux qui vivaient autour, boutiques, services public, petites entreprises. Tout était centré dans ce fond de vallée rude au milieux des bois. Chez Martin, Arthur Martin, c'était une fierté, une marque solide, un repère, un roc... mais pas de granit, de schiste, qui se débite tranche par tranche. Les bureaux ont déguerpi les premiers, emportés par la  nouvelle maison mère, une suèdoise revèche et austère, marâtre froide, Electrolux. Mon père fit partie des bagages, premier dépeçage, première saignée.. exilé dans l'Oise, un autre monde. Et voilà, que, de restructuration en dégraissage, on en arrive au terme. L'Usine va fermer.

Je ne suis pas nostalgique d'un passé industriel... tout ce que je constate c'est que cette ville, de presque 12000 habitants... en compte moins de 8000 de nos jours, que s'il fallait parler de territoires en déclin, nous trouverions là le parfait exemple, que les responsables ont fait des pieds et des mains pour colmater les brèches... mais que celles-ci ont laissé échapper la force vive qui pouvait permettre de rebondir, happée par des terres plus attractives, plus pratiques, plus compétitives... Qui donc de mes amis du lycée sont restés sur place..; bien peu...

Réindustrialiser, bellle tâche, et si on ne veut pas que cela ne reste qu'un slogan, il faut s'activer. Car dans ces terres d'ouvriers-chasseurs se tient à l'affut un carnassier d'extrème droite qui se repait de la détresse des terres oubliées. Alors, au boulot Arnaud, t'as plus de 450 emplois à sauver, t'as une logique à inverser... je ne peux que te dire bonne chance.